18.02.2009

Maraude à la rencontre des jeunes exilés dans le Xème

Ce week-end, j'ai accompagné la maraude organisée par France Terre d'Asile (FTDA) place du Colonel Fabien, dans le Xème arrondissement. L'association y est chargée de repérer les mineurs étrangers isolés parmi les exilés présents chaque soir sur la place dans l'attente du bus l'Atlas qui les conduira, en période hivernale, vers une structure d'hébergement d'urgence. La très grande majorité de ces exilés est d'origine afghane. Les autres sont Irakiens ou encore Iraniens. Le bus de la RATP passe ainsi trois fois entre 19H30 et 21H30. A chacun de ses passages, une cinquantaine de migrants sans abri peut être prise en charge. Certains soirs, plusieurs dizaines d'entre eux, faute d'un nombre de places suffisant, n'auront pas d'autre choix que d'aller dormir dans un parc voisin, duquel, régulièrement, ils sont délogés par la police. FTDA dispose, pour les mineurs, d'une vingtaine de places d'hébergement quotidiennes, dans un local géré par l'Armée du Salut, à proximité de la place. Sa mission est de « distinguer» ceux qu'elle estime mineurs, ces derniers bénéficiant en effet d'une protection particulière, précisément du fait de leur jeune âge. Yasmina, Marie et Adnan, ainsi que le responsable de la plate-forme « mineurs » de FTDA, vendredi soir, prenaient donc le temps de parler avec les exilés afin de jauger lesquels étaient susceptibles d'être mineurs. Yasmina parle le Farsi, ce qui facilite beaucoup les échanges, parfois tendus. L'anglais est l'autre langue de communication.

Ces jeunes (exclusivement des garçons) ont en général entre 15 et 18 ans, certains ont parfois moins (vendredi soir, un enfant de 10 ans environ s'est dans un premier temps manifesté puis a disparu). Ils arrivent en France, après un périple, par voie terrestre, de 6 à 8 mois, au cours duquel ils ont traversé l'Iran, la Turquie, la Grèce, l'Italie. Vendredi soir, tous les mineurs recensés étaient Afghans. Tadjiks, Pachtouns ou encore Hazaras ne se mélangeaient pas. Dans le modeste local mis à leur disposition, ils ont pu, l'espace de quelques heures de répit, dîner, se doucher, dormir sur des matelas posés au sol. Ils ont pu également laver leur linge. Ils n'ont rien avec eux, pas même un sac. Sans doute, ont-ils néanmoins sur eux, cachés, quelques billets. Ils souffrent de multiples maux après des mois d'errance. Certains ont attrapé la gale, d'autres avaient reçu des coups suite à des bagarres. D'autres encore se plaignaient de fièvre, de céphalées. Sans parler de leur détresse psychologique. Ici, on les écoute. On peut les orienter vers la plate-forme de jour auprès de laquelle ils pourront être informés de leurs droits, des démarches éventuelles à effectuer. FDTA, dans l'urgence, les renvoie vers des permanence d'accès aux soins de santé (Pass) ou encore passe à la pharmacie, pour un « dépannage » en attendant le lendemain matin.

Le lendemain matin ... ils devront quitter ce local. Certains reviendront dès le soir, il en sera ainsi des semaines durant, avant de disparaître. D'autres ne sont qu'en transit à Paris, avant un départ pour la Grande-Bretagne, via Calais, ou la Norvège. Quelques-uns d'entre eux finiront par se poser à Paris, épuisés, désorientés. Certains resteront dans la clandestinité. D'autres effectueront une demande d'asile ou seront pris en charge, pour les plus chanceux d'entre eux, par l'ASE (Aide sociale à l'enfance).

J'ai pu me rendre, vendredi soir, dans un hôtel qui accueille quelques-uns de ces jeunes. Grâce à l'ASE, ils sont hébergés dans une chambre, suivent des cours de Français (FLE, Français, langue étrangère), entreprennent des formations, en vue de s'installer dans notre pays. Je voudrais dire ici mon admiration pour ces travailleurs sociaux de FTDA qui font preuve de beaucoup d'humanité et de professionnalisme dans la difficile mission qui leur est confiée, à savoir celle de venir en aide à des adolescents voire, parfois, à des enfants, qui ont quitté leur pays, contraints par la misère, par la guerre. Certains n'y ont plus aucune famille. D'autres sont envoyés en Europe par leurs parents, dans l'espoir d'un avenir meilleur.

A tous ces jeunes migrants qui se sont posés en France, qui ont décidé, après de nombreux tourments, de s'intégrer en apprenant notre langue, en suivant une formation, je leur souhaite beaucoup de courage et bonne chance.

Commentaires

Vous dressez un tableau un peu optimiste de ce dispositif, n'ayant entendu que la voix de FTDA
Les moyens financiers et humains mis à la disposition du dispositif de primo accueil des mineurs isolés étrangers sont largement insuffisants et ne permettent pas d'appliquer la loi de mars 2007 sur la protection de l'enfance et la convention des droits de l'enfant.
Ce dispositif ne permet pas de donner une information correcte aux jeunes sur leurs droits et lkeur avenir, ni de leur fournir un suivi socio éducatif adapté.
Depuis plus de trois ans le collectif de soutien des exilés du 10ème arrondissement (www.exiles10.org) n'a cessé d'interpeller pouvoirs publics et acteurs de ce dispositif sur la violation de la loi et des conventions internationales.
Nous allons de bricolage en bricolage et le dernier en date est ce "stockage" des jeunes le soir dans un accueil de jour transformé pour la nuit, un accueil a minima inacceptable. Ces jeunes se retrouvent ainsi à errer toute la journée sans suivi.
Ce bricolage contribue grandement à remettre ces jeunes sur la route de l'exil. Comment imaginer par exemple que Ali, 15 ans et demi, ayant passé 8 semaines dehors cet hiver puisse envisager de rester en France ? Comment imaginer que cet autre qui attend depuis plus de trois mois sa prise en charge par l'ASE puisse ne pas se désespérer et envisager son avenir ici ?. Et ce ne sont que deux cas parmi des dizaines d'autres.

Il faut que la France se décide à appliquer ses propres lois et les conventions internationales qu'elle a ratifié. Aucun mineur isolé etranger ne doit rester à la rue et tous doivent pouvoir bénéficier d'un suivi adapté qui leur permette, après ce long périple depuis leur pays qu'ils ont dû fuir, de prendre en toute connaissance de cause une décision qui engage leur avenir.

Écrit par : collectif exilés 10 | 21.02.2009

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